Vous retrouverez ici les textes et les prières publiés chaque weekend sur notre feuille paroissiale. Et puis aussi quelques informations sur la vie de nos paroisses. Et, pourquoi pas, un peu d'humour et de détente !
Comment faut-il appeler les prêtres?
"N’appelez personne du nom de Père car vous n’avez qu’un seul Père dans les cieux", d'ailleurs vous pourriez être mon fils voire même mon petit-fils.
Je revois cette personne lors de mes premières années de sacerdoce brandissant sous mon nez ce verset évangélique comme un brûlot, très certain d’avoir pris encore une fois les "curés" en flagrant délit de contradiction avec l’Évangile. Les prêtres ne se font-ils pas appeler "Mon Père" en totale opposition avec l’injonction si claire du Christ ? Etant mis en quelque sorte en examen, j'étais sommé de m'expliquer.
Je commençais par féliciter cette personne pour le zèle qu’elle mettait à faire respecter les préceptes du Seigneur. Je ne doutais pas qu’elle mit autant de conviction à faire appliquer, et à appliquer elle-même, tous les autres commandements de Dieu…
Puis je lui faisais valoir que bien d’autres que les prêtres avaient coutume d’être appelés "père" sans que les zélateurs de la loi s’en offusquassent. Les enfants pouvaient, par exemple, honorer de ce nom leur papa sans usurper pour autant un titre qui n’est dû qu’à Dieu seul. De même, il n’est ordinairement pas condamnable de trouver bon son voisin ou son déjeuner quoiqu’il ne soit pas douteux que "Dieu seul est bon" (Marc10,18). Ou encore, il est loisible d’honorer sans impiété les saints tout en confessant avec la sainte Église que "Dieu seul est saint". Il n’ y a pas là l’ombre d’une contradiction car on veut simplement dire que Dieu seul est la Bonté, la Sainteté, la Paternité subsistante de qui tous les autres êtres tiennent ce qu’ils ont de bon, de saint, de paternel. Saint Paul ne parle-t-il pas du Père "de qui toute paternité au ciel et sur la terre, tire son nom".(Eph.3,15) ? Ce que Dieu est essentiellement, en plénitude de terme, les créatures le sont par participation. Voilà tout.
En appelant les prêtres "Mon Père", les fidèles reconnaissent qu’ils ne sont pas nés seulement de la chair et du sang mais "de Dieu" comme dit Saint Jean (1,13). Ils confessent, au-delà de la paternité biologique, la paternité spirituelle de Dieu dont le prêtre est le signe et le ministre.
Je ne sais si cette personne est entrée dans ces considérations. En tous cas qu’elle sache que je lui garde, malgré son interpellation vindicative, une tendresse qui se veut paternelle. En effet chaque fois qu’un prêtre s’entend appeler "Mon Père" ou encore "Monsieur l'Abbé" (Abba voulant dire Père en hébreu) voire "Don + le prénom" (pour les prêtres membres de la Communauté Saint-Martin, Don étant l'équivalent italien de Père en italien), il se souvient du plus profond de son célibat qu’il a à aimer ses fidèles comme il aurait aimé ses propres enfants s’il en avait eu.
Hélas ! C'est là, que cette personne aurait dû m’exhorter par cet autre verset de l’Évangile : "ils disent et ne font pas !"
Don Vincent Clavery, Curé