Vous retrouverez ici les textes et les prières publiés chaque weekend sur notre feuille paroissiale. Et puis aussi quelques informations sur la vie de nos paroisses. Et, pourquoi pas, un peu d'humour et de détente !
par le Père Alain Bandelier
«Une amie me dit que le baptême ne donne pas l'Esprit Saint, puisque, grâce au Christ, tout homme est enfant de Dieu et reçoit l'Esprit dès sa conception. Le sacrement ne serait qu'une reconnaissance, un oui à cette présence ?»
Voilà une thèse qui se répand de plus en plus. L'amie en question s'en est étonnée d'abord, mais son curé approuve cette thèse, les catéchistes aussi, le catéchuménat de la région l'a adoptée, et un cours de théologie par correspondance l'enseigne. Elle est bien dans l'air du temps. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Et tout le monde est chrétien, même sans le savoir. Nous avons tellement peur des différences que nous sommes des catholiques honteux. C'est comme si nous devions nous excuser de croire en Jésus-Christ. Au fond, l'Evangile ne serait qu'une légère coloration de la vie, et au moment même où nous nous en réclamons nous nous empressons de dire qu'on peut très bien s'en passer. Bon courage pour la nouvelle évangélisation !
Etre enfant de Dieu passe par la conversion
La première est d'ordre moral. Elle a été exprimée entre autres par des athées. Elle dénonce un abus de langage et de pouvoir : vous ne respectez pas les non-chrétiens en les annexant sans leur demander leur avis. La Foi n'a de sens que comme adhésion personnelle. Il n'y a pas de Foi inconsciente.
La seconde objection est d'ordre théologique. Elle montre que, derrière ces propos, il y a une confusion entre ce qui relève de la Création et ce qui relève de la Révélation et de la Rédemption. Tout homme, du fait même de son existence, est connu et aimé de Dieu, c'est sûr. Et l'homme est appelé à chercher Dieu, fût-ce «à tâtons» comme dit saint Paul (1). En revanche, la lumière et la grâce du Christ sont de l'ordre de l'événement : le Verbe s'est fait chair et Il a habité parmi nous. De même, être touché par cette lumière et par cette grâce n'est pas quelque chose d'inné ou de fatal. C'est quelque chose qui vous arrive, avec tout ce que cela suppose d'aléatoire : les circonstances extérieures, la disponibilité intérieure.
Il n'est pas faux de dire que l'Esprit Saint agit dans les cœurs au-delà des frontières visibles de l'Eglise. Mais peut-on en déduire que tous les hommes sont enfants de Dieu, sans la conversion, la Foi et les sacrements de la Foi ?
Dans la discussion à laquelle cette chronique fait écho, on donne comme argument un épisode des Actes des Apôtres, lorsque l'Esprit tombe sur le centurion Cornelius avant même que Pierre ait fini son discours et lui ait donné le baptême (2).
Le contexte du récit montre pourtant que le païen en question n'est pas si païen que cela, puisqu'il a déjà adopté la Foi d'Israël (c'est ce qu'on appelle un «craignant-Dieu»). En outre, c'est un homme de prière, et un ange a commencé de l'évangéliser !
Un sacrement n'est pas un acte administratif
Un autre argument est de dire que des non-baptisés peuvent vivre un amour véritable, or l'amour véritable vient de Dieu, donc ils sont déjà dans la grâce de Dieu. A cela, je réponds que l'amour évangélique n'est pas si répandu qu'on veut bien le dire. «Aimez ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous persécutent, donnez à ceux qui vous demandent» - les baptisés eux-mêmes ne sont pas toujours à la hauteur du Sermon sur la montagne !
En toute hypothèse, la présence de la grâce du Christ dans un homme ne signifie pas que le Saint- Esprit court-circuite l'Eglise et les sacrements de l'Eglise. C'est plutôt le signe qu'Il anticipe la grâce des sacrements, et qu'il est d'autant plus nécessaire de les célébrer. C'est ce que dit Pierre à Césarée : «Peut-on refuser l'eau du baptême à ceux qui ont reçu l'Esprit Saint tout comme nous ?»
Bref, cela me paraît une théologie défaitiste : faute de pouvoir conduire les gens à Jésus-Christ, on se console en disant qu'ils y sont déjà ! C'est en outre un appauvrissement de l'expérience baptismale, une rupture avec toute la tradition liturgique. Le sacrement n'est plus un événement, une rencontre, un acte du Ressuscité ; on le réduit à un acte administratif. Ce n'est plus une nouvelle naissance qui se passe dans le corps et dans l'âme ; c'est une reconnaissance qui se passe dans la tête.
(1) Actes des Apôtres 17, 27. (2) Actes des Apôtres 10, 44 et 47.