Vous retrouverez ici les textes et les prières publiés chaque weekend sur notre feuille paroissiale. Et puis aussi quelques informations sur la vie de nos paroisses. Et, pourquoi pas, un peu d'humour et de détente !
La Croix : Vous arrive-t-il de faire des courses le dimanche ?
Cardinal André Vingt -Trois : Non, j’ai d’autres choses à faire le dimanche !
Et que répondez-vous à ceux qui considèrent qu’il existe sur cette question "des pesanteurs culturelles, religieuses et idéologiques" ?
La pesanteur, c’est de faire peser sur les gens des charges disproportionnées ! La pesanteur n’est pas d’éviter à des familles d’aller consommer le dimanche, mais au contraire de les entraîner, par l’ouverture des magasins, à consommer toujours plus. C’est cela l’asservissement ! Et puis, il me semble paradoxal que dans une société où l’on a réduit le temps de travail à 35 heures hebdomadaires et où l’on a assoupli les contraintes horaires, on puisse affirmer que le dimanche est le seul jour de la semaine pour que les familles puissent faire leurs courses. Si cette diminution des heures de travail ne permet pas, justement, de faire ses courses à différents moments de la semaine, alors à quoi sert-elle ? Que fait-on du temps libéré ? On regarde la télévision ?… Pour savoir ce qu’on va acheter le dimanche ?…
Lors de l’ouverture de l’Assemblée des évêques à Lourdes vous avez posé la question : "Gagner plus doit-il devenir le principal objectif de l’existence ?" . S’agissait-il de remettre en cause le slogan de Nicolas Sarkozy, "travailler plus pour gagner plus" ?
Il s’agissait surtout de faire ressortir que les motivations exprimées autour de cette question sont d’ordre différent. Ainsi, on dit que le travail dominical permettrait de créer des emplois, mais certains économistes prouvent que cela en supprimerait d’autres. On dit que cela permettrait d’augmenter certains bas salaires, mais à quel prix ? Certes, si l’on propose à un salarié qui gagne le smic de gagner 200 € de plus en travaillant deux dimanches par mois, cela l’intéressera, mais cette possibilité ne détruira-t-elle pas autre chose d’important pour sa vie ? Quelles seront les conséquences pour une caissière qui élève seule ses deux enfants ?
Le Conseil épiscopal pour les questions familiales et sociales met pourtant en avant des raisons non pas tant théologiques qu’anthropologiques et sociales.
Certes. Mais en ce qui concerne la pratique chrétienne, le dimanche n’est pas un jour ordinaire. Le chrétien est tenu de célébrer le dimanche, notamment en participant à l’Eucharistie – même si certains d’entre eux, contraints de travailler le dimanche, ne peuvent aller à la messe ce jour-là. À travers cette obligation, on retrouve l’un des dix commandements donnés par Dieu à Moïse (Dt 5, 12) qui est de ne pas travailler le septième jour, jour de sabbat, et d’en faire "un jour sacré". Cette référence à un jour de repos hebdomadaire est une structure de vie dans une société. Au risque, sinon, de démembrer la vie sociale, de la faire éclater avec de lourdes conséquences sur les familles, à commencer par les familles dissociées qui auront bien du mal à s’accorder pour leurs week-ends en garde alternée…
Pourtant le Christ ne s’est pas privé, malgré les reproches des pharisiens, de guérir des malades le jour du sabbat…
Les passages de l’Évangile qui portent sur le sabbat sont explicites. Le Christ ne viole pas le sabbat pour le plaisir, mais pour rappeler aux pharisiens que "le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat" (Mc 2,27), et qu’en cas de risque de mort, comme la loi de Moïse l’autorise, il est juste d’enfreindre le sabbat. Si Jésus guérit des malades ce jour-là, c’est pour leur permettre de vivre, de prendre leur pleine condition humaine. C’est cela que vise l’obligation d’un jour de repos hebdomadaire régulier et défini : permettre de vivre mieux.