Vous retrouverez ici les textes et les prières publiés chaque weekend sur notre feuille paroissiale. Et puis aussi quelques informations sur la vie de nos paroisses. Et, pourquoi pas, un peu d'humour et de détente !
Nous revoici en compagnie de Jean le Baptiste. Dimanche dernier, nous l’avons entendu tonitruer contre les soi-disant justes qui ne veulent pas se convertir et qu’il appelait à un retournement de vie. Il était sûr de lui, Jean à cette heure solennelle où il annonçait la venue de celui qui allait exécuter sur la terre le jugement de Dieu.
Cependant, Jésus se présente tout autrement et Jean Baptiste qui a été arrêté pour avoir dénoncé courageusement la situation illicite du Roi Hérode, se pose bien des questions du fond de son cachot devant cette situation inattendue : ce Jésus annoncé comme le Messie, est ce bien lui qui doit venir ? Et dans ce cas, qu’attend-il pour intervenir radicalement ? Le fait que Jean ait pu ainsi passer de la pleine assurance au doute profond nous laisse quelque espérance quant à notre propre manière de réagir. Le doute est une confrontation à laquelle on peut difficilement échapper du fond de nos ténèbres liées à nos aveuglements, à nos regards partiels sur les réalités en devenir.
Pour sortir de cette interrogation ravageuse, le Christ transmet à Jean et tout en même temps à nous-même, sa Parole. Une Parole interprétée à sa juste mesure, une Parole de vie et de sainteté : loin de se présenter comme celui qui tient la pelle à vanner pour nettoyer son erre comme le disait Jean un peu trop littéralement, le Christ accomplit toutes choses sous l’angle de la libération et de l’ouverture à la pleine lumière : Les aveugles que nous sommes retrouvent la vue et ceux qui clopinent sur la route se mettent à courir, ceux dont la peau réagit mal se trouvent libérés de leurs angoisses, ceux qui ont les oreilles bouchées entendent et même ceux qui gisent dans l’ombre de la mort se relèvent et renaissent à la vie, c’est la Bonne Nouvelle pour tous les pauvres que nous sommes : "Heureux donc tous ceux là qui ont un cœur de pauvres, le Royaume des cieux est à eux, parce que simplement, ils savent l’accueillir dans la joie". En parlant ainsi, Jésus actualise la parole des prophètes annonçant l’œuvre messianique. C’est une œuvre de salut, de libération, d’accomplissement aussi : avec le Messie, notre avenir est ouvert, plus rien ne peut lui faire obstacle sur le long terme.
Si nous entendons cette promesse au cœur du Temps de l’Avent, c’est que la liturgie nous appelle à vivre cet avènement du Royaume par Jésus, le Messie de Dieu, non seulement dans son Incarnation que nous allons fêter à Noël, comme un mémorial de sa vie terrestre, mais aussi, dans son avènement actuel, au jour le jour dans la vie de l’Eglise et plus encore peut être dans l’espérance de sa Venue définitive à la fin des Temps. Notre foi est souvent bien pauvre à ce sujet, rivés que nous sommes sur les problèmes immédiats qui nous submergent. Toute notre vie est appelée à se tourner vers cet Avènement glorieux et définitif où le Christ sera tout en tous.
Si Jean Baptiste, comme le dit Jésus est le plus grand parmi les enfants des femmes, dans l’ordre naturel ; il ne l’est pas plus que quiconque dans le Royaume des cieux. Là, tous se reconnaissent comme les membres du Christ qui en tout point a choisi la dernière place, la plus petite sur cette terre, celle de la croix, que nous partageons désormais avec lui, afin que s’ouvrent la porte des cieux et que nous nous laissions attirer dans la gloire du Père partagée à tous de manière égale sans plus de comparaison les uns avec les autres, chacun à sa juste place.
En ce 3ème dimanche de l’Avent qui se veut traditionnellement une invitation à la joie, nous pouvons nous livrer à celle que le Christ nous annonce aujourd’hui, joie de libération et non de condamnation, joie d’amour qui retourne le cœur, joie de communion qui nous mène ensemble vers la grande Eucharistie de Dieu. Face à un tel bonheur et malgré les nombreuses épreuves à traverser ici-bas, comment imaginer encore que nous puissions céder à la morosité, à l’apathie, à la tristesse, à la lourdeur. La promesse du Christ nous donne déjà de goûter à la claire vision, à la course dans l’Esprit, à la purification de nos corps et de nos cœurs à la bonne écoute les uns des autres et de la Parole de Dieu, à la vie des ressuscités : ne fermons plus les yeux, repliés sur nous-mêmes, ne traînons plus des pieds pour avancer vers notre salut, ne nous retournons plus en arrière jusqu’à demeurer lépreux, ne fermons plus l’oreille de notre cœur, ressuscitons. Heureux, heureux, heureux êtes-vous, le royaume des cieux est là, célébrons dans la joie celui qui nous en ouvre aujourd’hui et chaque jour l’accès définitif par son Eucharistie, ce pain de la route pour les tout-petits dont le visage rayonne déjà de la grâce qui vient de Dieu notre Père.
Amen.